NOYAUX DURS SUR DISQUES DURS ( partie 3 )

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    ENSEIGNEZ. DARCOS VEILLE!





Bon ! Le ministre Darcos a donc lancé un appel d'offre pour une « Veille d'opinion »... Le dispositif n'étant pas encore en place, lire les lignes qui suivent devrait, semble-t-il, pour le moment au moins, vous éviter tout ennui...

Mais de quoi s'agit-il réellement?



La délégation à la communication du Ministère de l'Education Nationale vient de lancer un appel d'offres dont l'annonce a été publiée le 6 novembre dernier au bulletin officiel des annonces des marchés publics

Appel d'offre AO-0845-5259 et rectificatif AO-0846-1280

  • Date limite de dépôt des plis : 11 décembre 2008 à 16h
  • Coût estimé : 100 000 € HT pour le lot n°1 (veille de l'opinion pour le compte du ministère de l'éducation nationale) et 120 000 € HT pour le lot n°2 (veille de l'opinion pour le compte du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche).

Objectif

Le dispositif de veille en question vise, en particulier sur Internet, à :

  • Identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles ou émergents)
  • Identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l'opinion
  • Repérer les leaders d'opinion, les lanceurs d'alerte et analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau
  • Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation
  • Repérer les informations signifiantes (en particulier les signaux faibles)
  • Suivre les informations signifiantes dans le temps
  • Relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.)
  • Rapprocher ces informations et les interpréter
  • Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise
  • Alerter et préconiser en conséquence

Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un « risque opinion » potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués.

Sources surveillées

La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l'actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc. Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d'associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d'opinion. La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.)

Les sources d'informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d'agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, les débats des assemblées, les rapports publics, les baromètres, études et sondages seront également surveillées et traitées.

Les interactions entre des sources de nature différente, les passages de relais d'un média à l'autre seront soigneusement analysés.

Finalités

L'analyse attendue [../..] donnera lieu à des notes de synthèse (rapport quotidien, note de synthèse hebdomadaire, cartographie commentée des acteurs et débats en présence).

Plus particulièrement en matière de veille Internet, l'analyse permettra un suivi précis de l'évolution de l'opinionarguments émergents relayés et commentés sur ce canal.

Prestations à réaliser

La veille est active : quotidienne, hebdomadaire et accompagnée de recommandations (ou non).

La veille doit être avant tout anticipatrice, analytique et synthétique (et non descriptive). Elle apportera des indicateurs tant qualitatifs que quantitatifs.

Plusieurs produits de veille pourront être élaborés suivant une périodicité hebdomadaire, quotidienne ou autre (à définir en fonction de l'actualité) :

  • la note de veille éducation (tous sujets confondus)
  • la note de veille enseignement supérieur (tous sujets confondus)
  • la note de veille recherche (tous sujets confondus)
  • la note de veille thématique (un seul sujet couvert)
  • la cartographie commentée des acteurs et des débats en présence (un seul thème ou un seul acteur couvert)

Clé de voûte du dispositif de veille, le passage en « mode alerte » visera à transmettre systématiquement les informations stratégiques ou les signaux faibles susceptibles de monter de manière inhabituellement accélérée.

Les vidéos, pétitions en ligne, appels à démission, doivent être suivis avec une attention particulière et signalées en temps réel.

Des éléments quantitatifs (nombre d'interventions, nombre de commentaires, mots les plus fréquemment cités) seront systématiquement inclus. L'audience et l'influence des sources et des relais seront précisées.

Aucune donnée brute ne sera transmise. Les informations recueillies seront toujours analysées, recoupées, synthétisées, mises en perspective, et comparées dans le temps. [⋅⋅∕⋅⋅]

La date et l'heure de réception des notes de veille sera fixée par le ministère. Compte tenu de la nature même des objectifs du dispositif de veille (mesurer la compréhension des problématiques en particulier dans les communautés online, détecter les signaux avant-coureurs, identifier les réseaux d'influence) la date et l'horaire de réception des livrables devront être rigoureusement respectés.

Des échanges réguliers entre le prestataire et le ministère pour ajuster les enjeux du moment, commenter la livraison d'une note et partager les connaissances en matière de veille auront lieu régulièrement.

Lorsqu'un thème sera « clos », le prestataire fournira un document récapitulatif de la veille réalisée pour aider le ministère à calculer le retour sur investissement pour cette opération. À l'échéance du marché, le prestataire fournira également un récapitulatif détaillé des prestations réalisées dans l'année. [../..]



En clair: le ministère de l'Education Nationale va débourser 100 000 euros par an, et celui de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, 120 000 euros, pour surveiller l'opinion sur internet. La dérive sécuritaire continue chaque jour toujours plus. Mais ce n'est pas parce que la mesure coûte, que c'est sur ce terrain là qu'il faut la dénoncer. Ce que les syndicats ont fait un peu rapidement... Elle coûterait moins voire rien, deviendrait - elle acceptable? 

De la même façon les militants anti OGM qui dénoncent le coût (réel) de "l'hypothétique" (impossible)  double filière, laissent implicitement penser que si la mesure ne coûtait pas, l'appréciation en deviendrait sensiblement différente. C'est tout simplement non sur le fond. Non aux OGM et non à la "veille d'opinion" quels qu'en soient les coûts.


Ceci dit, il est vrai que l'argumentaire ministériel est de façon récurente le manque de fonds. Et il est vrai que l'écureuil de Darcos va lacher quelques noisettes pour débusquer les noyaux durs...


Mais si la surveillance s'organise, c'est que face à la casse systématique, organisée, programmée, de l'Ecole Publique et plus largement du système éducatif, les résistances se multiplient.


                                           Toulouse 20 novembre


La répression, elle, ne tolère aucun réfractaire.



LE FICHIER BASE ELEVES 


Dans le Lot, quarante réfractaires à la base élèves en avril, quatre aujourd'hui

Une première journée de coordination nationale réunissait une vingtaine de collectifs départementaux et a rassemblé 75 personnes dont de nombreux parents d'élèves. Leur but: faire le point sur "le fichage des enfants", notamment depuis le nouveau décret qui est venu modifier le contenu du fichier le 1er novembre dernier.

Mais aussi soutenir les directeurs d'écoles récalcitrants. Car le ministère met la pression sur ces derniers résistants au fichier, parfois quatre ans après le lancement du fichier base-élèves dans leur zone. Ils le disent d'ailleurs eux-mêmes, à l'instar de Jean:

"Entre une entrée en vigueur morcellée et le discours moderniste qui allait avec, le ministère a réussi à émietter la contestation. Le milieu enseignant a fini par entrer dedans honteusement. Dans le Lot, nous étions quarante directeurs d'école réfractaires en avril, dix en juillet, et seulement quatre aujourd'hui. Il était temps de monter au front nationalement alors que certains renonçaient parce qu'ils se sentaient lâchés."

Pression financière et menaces de fermetures de classes

Parce qu'il s'oppose, Jean y perd financièrement: pour faire taire la bronca contre le fichier base-élèves et ses scories (comme le numéro d'identifiant qui immatricule les enfants jusqu'à... 35 ans), la hiérarchie de l'Education nationale a décidé de sanctionner sur la fiche de paye.

Pour l'instant, le directeur d'école du Lot a eu deux retenues sur salaire, à raison d'un trentième du brut, soit environ 104 euros de moins à chaque fois.

Mireille, elle, est à la retraite depuis l'été, mais a ferraillé contre la base-élèves pendant deux ans depuis le Vercors, où elle était directrice d'école. Elle raconte que, lors d'une réunion publique organisée dans un village par des parents, la hiérarchie académique lui a ordonné de se taire, en la menaçant de sanctions. Elle n'en a rien fait et a même déposé un recours devant le Conseil d'Etat, cosigné d'un parent d'élèves. L'audience devant le Conseil d'Etat aura lieu le 26 novembre.

Côté ministère, on espère faire taire la contestation en affirmant que des modifications ont bien été faites dans le fichier, après que le ministre avait reconnu certains écueils à l'ancienne mouture, le 13 juin dernier.



ATTENTION ! LA VEILLE COMMENCE À VEILLER


Professeur à l'école Jules Ferry de Colomiers, Alain Refalo a décidé de critiquer la politique menée par son ministère. Convoqué par l'Inspection d'Académie, il est aujourd'hui l'objet d'une enquête administrative.

Dans une lettre ouverte adressée le 6 novembre 2008 à son inspecteur d'Académie cet enseignant a décidé d'énumérer  les nombreux griefs formulés à l'égard de la politique menée par le Ministre Darcos.

En un rapide résumé : "un processus négatif de déconstruction de l'Education Nationale s'est engagé qui désespère de plus en plus d'enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l'opinion des enseignants qui sont pourtant les « experts » du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de « réformes » de l'école se succèdent, suscitant tantôt de l'inquiétude, tantôt de la colère, et surtout beaucoup de désenchantement et de découragement".

Cette lettre a par la suite été publiée sur un site internet.

Alain Refalo a été convoqué par son Inspecteur de circonscription qui l'a reçu, accompagné d'un représentant de l'Inspecteur d'Académie.

L'inspection Académique aurait reçu ordre du Ministère d'ouvrir une enquête au sujet de cette affaire et de lui transmettre un rapport.

L'entretien a duré 1h30 durant lequel il lui a été demandé s'il confirmait le contenu de la lettre. Alain Refalo a confirmé point par point les sujets sur lesquels il considérait son devoir de désobéir.

Les inspecteurs ont voulu connaître ses motivations. Alain Refalo a dit que depuis des mois les enseignants n'étaient pas entendus, malgré les pétitions, les grèves, les tribunes dans la presse. Il a affirmé avoir posé cet acte de désobéissance en souhaitant que d'autres prennent le relais, que ce mouvement s'amplifie afin de créer un débat public et un rapport de forces avec l'administration.

Le contenu de la lettre peut être consulté ici

Depuis le lancement à la mi-octobre de son site, resistancepedagogique.blog4ever, les contributions se multiplient. « J'ai reçu des lettres équivalentes que des collègues avaient eux aussi envoyées à leur inspecteur d'académie.»

                manif du 20novembre : signature de la pétition de soutien à Alain Refalo



C'EST DECIDE J'ENTRE EN RESISTANCE !!


En effet, Roland BRAUN Directeur de l'école Saint Exupéry à Colmar, dès le 16 octobre envoyait un document à tous les directeurs d'école du Haut Rhin, à ses collègues, à quelques Iinspecteurs de l'Education Nationale ainsi qu'à quelques amis militants dans différentes associations d'Education.

« Je ne supporte plus l'hypocrisie des discours officiels qui se gargarisent de grandes phrases sur l'intérêt des élèves, sur l'égalité des chances, ..., alors que les seuls critères sont comptables avec un arrière fond idéologique pour le moins inquiétant.

Qui peut croire que l'intérêt des enfants a compté dans la suppression du samedi matin ? Qui peut croire que les deux heures de travail personnalisé pourront compenser le travail des maîtres spécialisés des RASED qu'on est en train de supprimer ? Je ne supporte plus la malhonnêteté des effets d'annonce alors que j'assiste, chaque jour un peu plus à une entreprise systématique et planifiée de démantèlement de l'école publique. Je ne supporte plus le harcèlement administratif des courriels qui arrivent par vagues. »

D'autres enseignants envoient depuis des lettres. Comme ceux des RASED (Réseaux d'Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté) . Les RASED vont  être bradés et les enseignants qui vont avec aussi.

                                                       Toulouse 20 novembre


www.sauvonslesrased.org


après demain sur ce blog, la partie 4 ... "La mort programmée, annoncée et récupérée de l'Ecole Maternelle"

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