BOUT DE PISTE (partie1)
En six mois, 25 compagnies aériennes ont fait faillite ou cessé leurs opérations suite à la hausse du coût du kérosène. Une première historique, selon l'Association internationale du transport aérien (représentant 240 compagnies dans le monde). Aussi, elles rivalisent d'ingéniosité pour maîtriser leur facture de carburant. Les vols les moins rentables sont supprimés, des lignes sont fermées, les appareils sont remplis au maximum... Le passager met également la main à la poche pour le coût « carburant supplémentaire.» L'industrie aérienne multiplie les mesures d'ampleur face à la crise. Mais au quotidien, sa priorité numéro une est d'"alléger" les avions pour dépenser moins de carburant. Les astuces pour alléger la carlingue ne manquent pas :
- All Nippon Airways a choisi une porcelaine plus légère pour la vaisselle de 1re classe et de classe affaire : en moyenne, cela représente 118 kg de moins en poids dans chaque Boeing 747.
- US Airways a remplacé les verres par des coupes en plastique.
- Singapore Airlines optimise la quantité d'eau emportée à bord.
Voilà quelques mesures qui peuvent ne pas surprendre. Mais d'autres idées semblent plus farfelues voire douteuses...
Virgin Atlantic joue à la dînette en supprimant le film plastique de ses petits pains et espère pouvoir bientôt proposer un repas absolument sans emballage.
La Lufthansa nettoie plus fréquemment ses appareils afin de diminuer leur résistance à l'air... Pour ce qui est de l'eau utilisée, c'est une autre question...
Southwest Airlines vole plus lentement pour moins consommer. Reste à savoir jusqu'à quel point on serre le frein à main !
BOUEE PLOMBEE
Mais le bouquet revient à Air Canada Jazz qui a décidé de supprimer les gilets de sauvetage de ses appareils à l'exception de ceux pour bébés, à bord des 137 avions de sa flotte ! Ceci afin d'économiser 20 à 25 kilos de poids sur chaque appareil. Selon elle, les coussins gonflables intégrés aux sièges pourront servir de flotteurs en cas d'accident. En cas d'amerrissage forcé, le passager devra utiliser le coussin de son siège gonflable reconnu par les autorités canadiennes comme un « dispositif de flottaison individuel.»

On ne demande pas encore aux passagers leur brevet de natation pour pouvoir embarquer, donc tout va bien...
La porte-parole de la compagnie aérienne Jazz, Manon Stuart, n'évoque à aucun moment le sujet des économies de kérosène pour justifier cette décision. « Nous avons décidé récemment de retirer les gilets de sauvetage pour des raisons de chevauchement. À bord des avions, nous transportions à la fois des dispositifs de flottaison et des gilets de sauvetage. Aussi, la nature de nos activités n'exige pas que nous transportions les deux types de dispositifs de flottaison. »
« L'adoption de cette politique n'est pas nouvelle, l'utilisation des coussins de sièges comme seul type de dispositif de flottaison est une pratique courante chez les compagnies aériennes régionales aux États-Unis et en Europe depuis plusieurs années », ajoute Manon Stuart.
Il fallait le savoir !
mieux que rien...
PLUS VERT QUE MOI...
Les compagnies aériennes se sont trouvées ébranlées par la hausse du prix du carburant. Alors les économies d'énergie, oui, mais soyons lucides : les compagnies aériennes ne sont pas devenues soudainement des ONG écologistes qui voudraient sauver la planète. Mais ne faisons pas la fine bouche même si la rentabilité est au centre de la réflexion. Elles s'en défendent pourtant :
Le directeur général de l' IATA (Association Internationale du Transport Aérien), Giovanni Bisignani, consacrait une large part de son discours d'ouverture de l'assemblée générale annuelle à Vancouver en 2007 au défi de l'environnement :
« Les politiciens pensent de façon écologique mais ne voient que l'argent. Au nom de l'environnement, le Chancelier britannique Gordon Brown a doublé le taux de la taxe Air Passenger Duty. L'environnement n'en a pas profité mais les compagnies et leurs passagers paient un milliard de livres pour ses références écologiques. Et l'Europe est en train de se précipiter pour inclure l'aviation dans les échanges d'émissions en même temps que les gouvernements se penchent sur les compensations d'émissions. Les politiques sont schizophrènes. Nous avons eu assez de communication. Il est temps de fournir des résultats concrets ».
Ce serait donc les politiques... Chacun se renvoie le baril de kérosène.
VOLER À VIDE POUR ETRE RENTABLE
Pourtant, pour les compagnies aériennes britanniques, être rentable passe avant le respect de l'environnement. Depuis l'automne, certains transporteurs aériens volent à vide.
Cas d'école : à l'aéroport d'Heathrow- Londres, seulement sept passagers sont prêts pour un embarquement. Sans problème, le transporteur aérien donne son feu vert. L'avion décolle, dilapidant au passage des litres de kérosène. Avec la hausse du prix du carburant, cela devrait pousser le transporteur aérien à annuler des vols. Mais l'opération est paradoxalement non rentable. Certaines compagnies aériennes britanniques, comme BMI appliquent désormais cette règle.
Chaque jour, l'aéroport d'Heathrow voit circuler sur ses pistes plus de 1300 avions. Ce terminal, le plus utilisé d'Europe, se gagne. Ici, le droit de décollage et d'atterrissage se paye... très cher. Certaines plages horaires coûteraient entre 50 et 60 millions de dollars. Si les transporteurs aériens n'utilisent pas leur plage horaire à un taux minimum de 80%, ce droit est perdu. Le calcul est vite fait. Il est plus rentable pour la compagnie d'assurer ses vols, même s'ils sont quelque peu déficitaires. British Airways a ainsi annoncé qu'elle n'annulerait pas ses vols transatlantiques afin de garder le droit de ses plages horaires.
Du point de vue environnemental, cela s'appelle un non-sens.
Le gouvernement britannique a annoncé qu'il planchait sur une réforme du système des plages horaires d'Heathrow, afin que seuls les vols les plus rentables soient susceptibles de décoller.
ETRE RENTABLE A AIR FRANCE,
C'EST « LA BOURSE OU LA VIE »
Plus de confort dans l'avion, ça n'a pas de prix ( !) : des compagnies aériennes américaines facturent déjà les oreillers, les repas... En France, c'est déjà en marche. Air France facture 50 euros de plus pour les places « où l'on peut étendre un peu plus les jambes.» Comprendre : les places près des issues de secours. Au départ, ces places n'avaient pas de taxe supplémentaire, et n'importe qui pouvait les occuper si elles restaient libres au moment de l'enregistrement.
Désormais, jusque dans les 30 dernières heures avant le départ, on peut les réserver: « 50 euros de plus pour être sur les sièges près des issues de secours ». Correction du directeur du marketing d'Air France, interrogé, « ce sont les places où il y a plus de confort, les plus larges ».
Par ailleurs, les moyens courriers sur lesquels les passagers seront debout sont à l'étude : les « standing-room seat concept.» Il faudra payer (encore) pour être assis.
En clair, il y a déjà discrimination sur les sièges XXL (ils coûtent plus chers), maintenant, il faudra même payer pour éventuellement avoir plus de chances de survivre pendant un crash (debout ou assis). Mais nous ne sommes pas sur air Canada Jazz. Nous pouvons tomber en mer...
suite avec la partie (2) " Boucles et murs" après demain sur ce blog...